Les CAFards

Collectif de chômeurs et précaires à Montreuil

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Mars attaque ! Mai ce sera trop tard // Travaillez, y’a rien à voir !

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MARS ATTAQUE ! MAI CE SERA TROP TARD

Loi travail, assurance-chômage, état d’urgence, crimes policiers…
Tout leur sera permis tant qu’on ne saura les en empêcher.

Appeler « loi travail » la dernière attaque en date contre nos conditions d’existence, il fallait oser. Les socialistes au pouvoir ont au moins le mérite d’être clairs et résument le comique « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy en un mot d’ordre plus explicite : travaille ! La terre se chauffe, les catastrophes se multiplient, les guerres créent de la croissance, des milliers de personnes sont enfermées aux frontières, en prison ou en centre de rétention, les emplois sont aberrants, mais il faudrait continuer, travailler, travailler, travailler.

Le plein emploi est mort, et l’horizon d’un CDI à temps plein, de toutes façons, n’a plus grand chose de désirable. On y pense parfois, peut-être pour limiter l’angoisse de croiser Pôle Emploi, mais au fond on sait bien que les conditions de travail sont partout invivables.

Aucune réforme du code du travail, aucune renégociation de l’assurance-chômage ne saurait être consensuelle. Ce qu’ils appellent « dialogue social » masque en fait un champ de bataille. Pour une raison simple : les intérêts des patrons, des détenteurs du capital, des oligarques sont diamétralement opposés à ceux des employés, des travailleurs précaires, des étudiants en CDI chez Mc Do et des chômeurs. Tout ce qu’ils gagnent est autant de perdu pour nous : un peu moins de rapport de force de notre côté, un peu moins d’armes contre le pouvoir des patrons et l’arbitraire des institutions sociales.

Un exemple. Le projet de loi dit « El Khomri » – du nom de la porte-flingue que le gouvernement s’est choisi – permettrait aux employeurs, dans les branches où ça n’était pas encore le cas, de prévenir un employé à temps partiel d’un changement de planning seulement trois jours à l’avance. Trois jours à l’avance tu ne sais pas si tu travailles ou pas, ni à quelle heure ; pour la garde des gosses, pour les rendez-vous médicaux ou amoureux, pour les réunions politiques ou celles de ton association, pour ton cours de badminton : débrouille-toi ! Ce n’est qu’un tout petit exemple parmi les centaines de mesquineries que cette loi permettrait mais il dit bien la logique qui la sous-tend. Grignoter encore les remparts qui empêchent un patron de faire n’importe quoi, de nous traiter n’importe comment.

Un autre exemple. Ce même projet de loi permettrait à Pôle emploi de récupérer les sommes versées qu’il estime indues directement sur les allocations des chômeurs. Au chômeur ensuite de prouver que c’est l’ordinateur de l’institution qui se plante, et d’attendre sans revenu, accumulant les dettes, de rentrer dans ses droits. Pôle emploi le pratique déjà illégalement et enRetour ligne automatique
toute impunité, les « partenaires sociaux » ont demandé à le faire entrer dans la loi ! La loi travail ne garantit même plus de congés en cas de catastrophes naturelles. Travailler pendant une inondation, une tempête ou une sécheresse, vous y aviez pensé ?

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Cette loi est à la hauteur du contexte dans lequel elle apparaît. Le meurtre de Rémi Fraisse.Les migrants qui meurent en mer et ceux que l’on déporte. Les racistes qui se lâchent de toutes parts. Les attentats et les va-t’en-guerre. L’Etat d’urgence. La COP 21 et son armada de flics. L’impunité policière, toujours. L’hiver politique dure et nous ne sommes pas au meilleur de notre forme, il faut bien le dire. Eux, se croient tout permis. D’un certain point de vue, ils n’ont pas tort : tout leur est permis. Ils peuvent balancer des grenades sur les écolos, perquisitionner des milliers de musulmans ou assimilés, assigner des opposants politiques à résidence, négocier les flux migratoires avec des dictateurs, interdire des manifs, buter des noirs et des arabes sans êtres incriminés, tabasser et mutiler des lycéens. Tout leur est permis tant qu’on ne saura pas les en empêcher.

La loi El Khomri n’est pas forcément le nom d’une défaite de plus qu’il va falloir encaisser. C’estaussi l’occasion d’un mouvement social – naissant, fragile, qui nous procure parfois un déjà-vu amer, certes – mais ne soyons pas bégueule : des centaines de milliers de personnes dans la rue, des appels à la grève un peu partout, des lycéens joyeux et remontés, plus de 250 sans-papiers qui occupent la Direction Générale du Travail, des gestes de solidarités inattendus…

Nous l’espérions tous ce mouvement.

Comment faire grève quand on bosse pour une association en contrat aidé ? Où tenir une AG quand on n’a ni usine ni université ? Comment ne pas se sentir seul en manif quand on n’a pas de collègues avec qui s’y rendre ? Comment s’opposer à son patron quand on bosse au noir ou quand, faute d’avoir les bons papiers, on travaille avec une autre identité que la sienne ? Comment trouver le temps de réfléchir à ce qui se passe quand on a aucune idée de ce que la CAF nous versera ou pas en début de mois, quand on ne sait pas si l’on pourra payer son loyer ?

Des précaires et chômeurs en grève

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Pour inventer des suites dans ce mouvement et agir ensemble,
RÉUNION OUVERTE POUR MONTER DES COMITÉS D’ACTION
LE 6 AVRIL À 18h – Bourse du Travail de Paris, salle Jean Jaurès, 3 rue du château d’eau Métro République

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TRAVAILLEZ ? Y’A RIEN A VOIR !

Depuis des semaines, les manifestations, occupations et actions contre la réforme du Code du Travail se multiplient. Les projets de lois s’enchainent : ANI, loi Macron, loi El Khomri, répondant tous à une même logique, celle d’une précarisation de nos existences. Tous les jours, le travail ou son absence organise nos vies. Il nous assigne à une place dans la société, et nous divise en catégories salariales. Nos choix d’orientation, d’installation, de mode de vie en dépendent, et ce qui nous revient de droit, se paye. Ce qu’on sacrifie au travail, c’est notre temps, notre santé, nos désirs, pour assurer notre survie en attente d’une vie meilleure. Voilà pourquoi lutter pour ses conditions de travail, c’est se battre pour ses conditions de vie.

Il n’est pas étonnant que les lycéens-ennes et étudiant-e-s se méfient, à raison du projet de société qu’on leur propose. Qui veut parvenir à la « réussite » dans de telles conditions ? De nombreux-ses salarié-e-s ont déjà pris l’initiative de se mettre en grève et refusent de travailler pour un système qui génère des inégalités, produit toujours plus de travailleurs-euses pauvres et alimente le chômage de masse.
De l’entrée des lycées, aux portes des CAF et des pôles emplois, jusqu’aux cellules de prison, l’Etat renforce ses dispositifs de contrôle, afin de maintenir un ordre social toujours plus inégalitaire. Les forces de l’ordre l’imposent au quotidien en même temps qu’elles répriment toute forme de contestation. L’accroissement de la misère suit celui des violences policières. Il s’agit d’une logique d’Etat, qui reproduit les rapports de domination au sein de la société. Aujourd’hui, l’état d’urgence sert à légitimer ce mode de gestion autoritaire.

Ne perdons pas notre vie à la gagner

La lutte, c’est un moment de vie qu’on se réappropprie, un temps que l’on redéfinit collectivement ; des espaces de solidarité, d’alternatives sociales et d’horizontalité. 8, 17, 24, 31 mars, les journées de mobilisation se succèdent. Souvent, les cortèges se scrutent sans échanger, on se compte et on rentre chez nous. Alors, pour lutter qu’est ce qu’il nous reste ? Ce dont on se donnera les moyens.

La grève c’est faire le choix d’arrêter de produire. C’est bloquer l’économie sur son lieu de travail, mais aussi s’exposer en tant qu’individu. Pour prendre ce risque, il faut avoir conscience de sa force collective et dépasser l’isolement en organisant la solidarité. Construire un rapport de force, c’est aussi pouvoir impulser un calendrier qui nous soit propre, multiplier les initiatives et les mettre en lien pour permettre une réelle convergence. Les actions d’occupations, de blocages et de grèves tournantes sont des moments de rencontre qui permettent de créer de nouveaux espaces communs, afin de dépasser les identités sociales que l’on nous assigne, et les catégories que l’on nous impose.

Pour renforcer la mobilisation, l’idée est de nous organiser à travers des comités d’action qui permettraient aussi bien une entraide ciblée qu’une plus large expression de notre détermination.

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Pour inventer des suites dans ce mouvement et agir ensemble,
RÉUNION OUVERTE POUR MONTER DES COMITÉS D’ACTION
LE 6 AVRIL À 18h – Bourse du Travail de Paris, salle Jean Jaurès, 3 rue du château d’eau Métro République

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Written by cafard93

2 avril 2016 at 10:00

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Ecoute de « N’avoue jamais » au Dilengo (mar. 29 avril ’14 @ Ivry)

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Mardi 29 avril à partir de 19 h 30 au squat Le Dilengo 85 rue Molière à Ivry-sur-Seine RER C Ivry-sur-Seine / métro Mairie d’Ivry

Diffusion du document sonore N’avoue jamais (20 min), réalisé par les CAFards de Montreuil,
qui accompagne le guide d’autodéfense sur les contrôles domiciliaires de la Caf.

L’écoute sera suivie d’une discussion. Entrée libre.

Written by cafard93

26 avril 2014 at 9:48

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L’humanité qui convient

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L’humanité qui convient

« Aujourd’hui, c’est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. »

Djamal Chaar, Nantes, février 2013.

Djamal Chaar est mort. Il s’est immolé par le feu mercredi 13 février 2013 face à un Pôle Emploi, à Nantes. Deux jours après, un autre chômeur tentait de se donner publiquement la mort à Saint-Ouen et un autre encore quelques jours plus tard dans un Pôle emploi de Bois-Colombes. Déjà, l’été précédent, un homme était mort après s’être immolé à la CAF de Mantes-la Jolie. À l’époque, la ministre des affaires sociales et de la santé, avait « fait part de sa profonde émotion face à cet acte désespéré d’une personne que les difficultés de la vie ont manifestement conduit à un geste tragique». La ministre déléguée chargée de la lutte contre l’exclusion avait ajouté qu’« en première ligne face à ces difficultés sociales, le personnel de la CAF a rempli sa mission avec sérieux et compétence ».

Au lendemain de la mort de Djamal Chaar, le président de la République évoquera avant tout le caractère « exemplaire » du « service public de l’emploi ». Les réactions publiques, comme à chaque fois, qualifient le geste de « drame personnel », on exprime à peu de frais son émotion tout en cherchant à déresponsabiliser l’institution. Une cellule psychologique est créée pour les agents, le sale boulot de gestion de la précarité peut reprendre. Et si quelques voix s’élèvent pour faire du mort une victime, ces discours participent d’un consensus qui recouvre la dimension politique de ce qui a eu lieu.

La veille de son immolation, Djamal Chaar écrit : « J’ai travaillé 720h et la loi, c’est 610h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier ». Le ministre du travail et du dialogue social répondra : «Les règles ont été appliquées avec l’humanité qui convient, avec les explications nécessaires, mais il y a parfois des moments où on est dans une telle situation, qu’on ne comprend plus les explications ».

L’humanité qui convient. Quiconque a affaire à Pôle emploi ou à la CAF sait ce dont il s’agit. C’est l’Etat qui remet à un agent le soin de décider des moyens de subsistance d’un autre humain. Ce sont des calculs comptables qui font oublier les vies derrière les chiffres. Ce sont des règles d’indemnisation opaques, arbitraires, rarement explicitées et qui excluent plus de la moitié des chômeurs de l’allocation. C’est le mépris et le soupçon avec lesquels on traite quiconque dépend d’une institution pour ses revenus. C’est transformer les droits sociaux en dettes individuelles et réduire par-là tout horizon, toute capacité à se projeter.

L’humanité qui convient, c’est nous culpabiliser de n’avoir pas d’emploi dans cette société-là et nous forcer à jouer le jeu. C’est une logique qui transpire partout. Elle s’impose aussi à nous dans l’entreprise où chacun est contraint à grand coups de management de s’impliquer personnellement, de se réaliser en tant que capital humain, de faire corps avec son travail aussi indésirable soit-il.

Djamal Chaar a décidé de ne pas faire le grand saut dans le noir en silence. Nous ne pouvons accepter comme un « accident de parcours » l’acte d’un homme qui a décidé de mourir en accusant. S’obliger à  parler. Dire que l’institution tue. Dire qu’il ne s’agit pas de « drames personnels ». Et si son geste nous renvoie à nous-mêmes, à nos solitudes et nos découragements, il nous renvoie aussi à la nécessité de s’attaquer à cette violence qui nous est faite. Dans l’entraide et la solidarité, que nous éprouvons par bribes au présent et que nous essayons de construire jour après jour, nous voyons un des moyens pour reprendre, ensemble, prise sur nos vies.

Des collectifs de chômeurs et précaires réunis en coordination.`

CAFCA Ariège, CCPL Lille, Exploités-Énervés Cévennes, CAFards de Montreuil, La C.R.I.S.E à Nancy,
Permanence Précarité CIP-IDF, CNT-UL Chelles & Marne-la-vallée, Réseau Stop Précarité, Recours-Radiations.

Avril, 2013.

PDF :   L’humanitéquiconvient

Written by cafard93

10 avril 2013 at 10:50

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Un matin avec Madame Cravache

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Oubliée de mon agence et abandonnée par mon conseiller Pôle emploi depuis 15 mois, je suis presque flattée lorsque je reçois une convocation pour une « réunion ». Une réu, c’est bonnard me dis-je : on est entre chômeurs, on se tient chaud, on n’a pas besoin de se peignermaquillerdouchersentirbonprendresamotivationsouslebras.

Bon d’abord à l’agence de la rue de la Beaune tu rentres pas comme dans un moulin, que nenni ! Nous sommes une vingtaine à l’heure dîte et nous faisons la queue DEHORS tandis qu’un agent DEDANS vérifie une à une chaque convocation et la tête à qui appartient la main qui tient fébrilement son petit papier.

Il apparaît rapidement manifeste que les agents d’accueil ne comprennent pas bien ce que fait ce petit troupeau d’usagers dans l’agence : qu’est-ce que c’est que ça tous ces chômeurs dans une agence Pôle emploi, ils se croient où ? Nous on est lisses, sages et auréolés en fluo de notre bonne foi : on a en main un petit papier qui dit que « réunion », le mot est stabiloté sur chaque convoc en rose en vert en jaune en bleu, c’est joli.  Un agent téméraire fait le lien entre le mot qui cligote en fluo sur nos papiers et un panonceau « réunion » sur une porte : tac-tac réunion / réunion, ha ben on a qu’à les mettre là !

Dans le hall c’est un soulagement général, ça faisait désordre cette hésitation collective, on est passé à deux doigts du questionnement métaphysique et ça chacun pressent que c’est le début du bordel voire de l’amorce du commencement de l’émeute. Bon. Moi l’insurrection là je suis pas chaude perso parce qu’il est franchement l’aube et j’ai bu un seul café.

Donc là, on va être rangés dans la salle, rengainez vos cagoules, c’est pas pour maintenant. Sauf que, consternation : les convoqués sont une vingtaine et la salle a une jauge de dix personnes. Re tac-tac, décidément dans sa tête à lui ça va vite, ça fait des rapprochements sémantiques, ça manie des chiffres, ça fait des soustractions : ils rentrent pas les gens, là. Il est sincèrement embêté et dévoué. Je vois presque en projection sur son crâne des phrases genre : ben quand même on peut pas traiter les gens comme ça, c’est des chômeurs oui mais c’est quand même encore des gens voire peut-être des citoyens, la déclaration des droits de l’homme c’était pas pour se torcher avec, moi tu vois je voulais être rock star et voilà je suis agent Pôlemploi, c’est pas facile il faut que je m’accroche à ce qu’il me reste d’humanité, quand-même ces gens ils ont droit à une chaise chacun dans la salle de réunion, ils ont beau être en troupeau ce matin on est pas des bêtes.

Polyvalent l’agent post-rock star : la tête ET les jambes : le voilà qui commence énergiquement à jouer à Tétris avec les tables et les chaises sous notre regard ovin (le troupeau a fini par faire les bêtes).

C’est alors que surgit des profondeurs impénétrables de l’agence une jeune femme déterminée, court vêtue et chaussée de cuissardes. Où est sa cravache ? A mon avis c’est un modèle télescopique pour mieux la ranger dans ses bottes.

Elle déclare : « Ho là là mais ça va bien comme ça hein, la semaine dernière ils y sont tous rentrés dans cette salle ». Disqualification par  KO. Nous bêlons des remerciements sincères à la rock star déchue.

Nous nous quichons donc à vingt dans la salle prévue pour dix. Les chômeurs du temps de crise s’entassent donc dans une salle conçue en temps de plein emploi (Quand ? ben, tu sais, avant…).

Mme Cravache préside la séance et discute en aparté avec un petit homme qui raconte une histoire de stage et qu’il peut pas rester et signez-là merci au revoir. Puis Mme Cravache rediscute en aparté à voix haute (un nouveau truc de management à ce qu’il semble se dessiner ici) avec un autre monsieur qui raconte comment il était fraiseur mais qu’il est trop vieux, il frise la petite cinquantaine alors on l’a licencié, et qu’il peut plus travailler rapport aux nouveaux logiciels mais qu’on lui refuse sa formation aux nouveaux logiciels même avec son crédit formation et que à cause de son statut de propriétaire il peut pas toucher le RSA il est sans ressources. « Vous êtes fraisier ? Mais c’est très bien ça ! » « Heu non heu… pas fraisier, fraiseur ». Ha oui ? Signez-là merci      au revoir.

L’aparté collectif se poursuit avec une femme en foulard qui cherche un emploi de femme de ménage. « Oui mais ça madame il faut que vous vous tourniez vers le service à la personne parce que femme de ménage il faut faire jouer le relationnel la cousine la sœur la copine ». Bien sûr que cette dame elle ne peut qu’être entourée de sœurs copines cousines femmes de ménage. Nous les ovins, on est des grégaires, on ne se regroupe qu’entre nous. Les fraisiers produisent des rhizomes, les femmes de ménage engendrent des femmes de ménage. Je la regarde cette crevette, petite femme de 60 ans 45 kg toute mouillée à qui on propose de laver des vieux.

Cravache se permet alors une question à cette dame qui vient d’expliquer très distinctement sa situation : « Est-ce que tu maîtrises bien la langue française ? » (Mme Cravache elle te dit vous dans un premier temps mais comme ensuite tu racontes ton chômage ta pauvreté tes gosses et que tu remets ta vie entre ses mains en signant son papelard elle te dit tu elle t’adoube et on dirait ta meilleure copine). Oui ? Très bien pour l’accompagnement signe ici Fatima on te donnera un rdv à l’accueil.

Là c’est pas du tout l’ambiance bon enfant que j’attendais d’une réu entre collègues chômeurs usagés usés de Pôle emploi. Même si je suis pas peignéemaquilléemotivée, je prends fébrilement la parole parce que je commence à être un petit peu vénère et perplexe de ce qui se trame dans tous ces apartés devant tout le monde : « Heu… j’ai l’impression que vous êtes en train de nous faire signer un engagement pour quelque chose mais on ne comprend pas bien quoi. Il n’est pas possible qu’on signe quoi que ce soit si vous ne nous expliquez pas clairement de quoi il retourne ». Mme Cravache quitte sa douce voix de dame patronnesse et grommelle agressivement en agitant beaucoup ses papiers sur la table : « Pas ma faute administration pas le temps, tout le temps comme ça Pôle emploi n’importe quoi et si vous êtes pas contente ». Depuis le début Mme C. joue le même double discours : si vous ne signez pas vous allez être emmerdés avec Pôle emploi / de toutes façons Pôle emploi ne fera rien pour vous, vous devez vous adresser à NOUS, sans que ce NOUS soit jamais énoncé.

« À vous madame », sourit-elle, se tournant brusquement vers une autre dame. La madame raconte, secrétaire mais licenciée parce que ne maîtrisant pas l’anglais et puis avec l’âge c’est ma faute je crois j’ai perdu ma motivation et ça se sent dans les entretiens. « Ho là là mais c’est super ça parce que dans mon portefeuille de bénéficiaires j’ai un monsieur américain et on va voir ensemble ce qu’on peut faire signez ici au revoir ».

OK. Dans deux minutes ça va être mon tour et Mme Cravache va m’entourlouper avec sa novlangue simili professionnelle me faire signer et ensuite lors d’un RDV ultérieur elle va me dire TU, m’aplatir, me plier soigneusement et me ranger dans son portefeuille à coté d’un Américain. OK. Juste ça c’est pas possible. Et bénéficiaire késaco ? Et puis d’abord putain mais t’es qui toi Mme Cravache ?
« Heu… excusez-moi mais d’abord vous m’avez pas répondu tout à l’heure pour l’accompagnement à l’emploi… et j’ai cru comprendre que vous étiez pas de Pôle emploi alors ce serait bien que vous vous présentiez parce que nous là on est tous en train de déballer notre vie et moi je parle pas aux gens qui se sont pas présentés. »  « Mais moi non plus je vous connais pas ! » «  Ha pardon mais nous il y a nos noms prénoms adresses sur la convocation, et on est convoqués en qualité de chômeurs sous peine de radiation. Je suis en train de vous parler de politesse élémentaire, de choses qui se font. Si vous voulez, vous sortez, vous re-rentrez, vous dites bonjour, vous nous dites dans quelle boite vous travaillez » « Je travaille à Schmmut conseil », « Pardon ? », « Clhuib conseil », « Quoi ?! » En définitive je crois entendre « conseil cabinet » ou « cabinet conseil » ou « chiottes audit » mais je suis pas sûre.  C’est à ce moment que je me fais rabrouer par ma voisine qui me signifie que ça va bien maintenant mais que à cause de moi la réunion n’avance pas.

OK. Mme Cravache elle me terrifie et je suis pas vaillante et son arrogance est en train de saper ma timidité et ma politesse, mais comprendre que mes codétenus, pardon co-chomeurs, sont dérangés par mes perturbations ça me chagrine et me coupe les pattes. Force est de constater que malgré quelques regards et sourires amicaux là je suis toute seule dans la bataille. Je suis furax et j’ai envie de pleurer. Heureusement le petit gars du fond à côté du radiateur se lève et crache à Mme C : « Moi ça m’intéresse pas votre truc je me casse » « Venez émarger mais je vous préviens vous aurez des comptes à rendre à Pôle emploi ! » crie-t-elle. Je gémis qu’elle nous a confondus avec des gamins et que mais comment elle nous parle elle, mais j’en suis plus si convaincue. Je la boucle jusqu’à la fin.

Parce que bien sûr elle est maligne, elle me fait passer après tout le monde, quand ils ont tous signés (sauf le gamin) comme ça je peux plus trop faire la mariole. Et moi par curiosité j’ai pas voulu claquer la porte, et peut-être aussi que j’ai un petit peu la trouille parce qu’elle a promis quelque chose qui ressemble à la foudre aux gens qui semblaient un peu réticents. Tout le monde a signé son putain d’accompagnement à l’emploi, elle y met tant d’opiniâtreté que je me demande si elle est payée à la pièce, au chômeur enrôlé.

« Alors Mathiiiiiiilde ? » elle me susurre quand c’est mon tour. Mathilde elle bredouille que ça va elle se débrouille elle passe des concours d’éduc et que des accompagnements à l’emploi elle en a soupé depuis tout ce temps et que on va en rester là. « Ha mais je vois que TU es autonome ! » … Ouais on a qu’à dire que je suis autonome. Et elle note AU-TO-NO-ME et je suis dispensée du truc. Et je signe. Et je m’oublie à dire poliment au revoir.
Quand je sors de l’agence une jeune femme a l’air d’attendre depuis un moment sous la pluie avec sa poussette. Comme je la fais entrer en ouvrant la porte, elle se voit signifier  l’interdiction de franchir le seuil car cette agence ne reçoit plus de « public ». On l’expédie rue Kléber. On fait un bout de route ensemble et elle me dit qu’elle a eu une convocation, qu’un agent lui a ensuite téléphoné pour reporter le rendez-vous, et qu’en guise de courrier pour un nouvel entretien elle a reçu un avis de radiation pour non présentation à sa convocation…

Bon. J’ai l’air d’exagérer mais l’arrogance de « l’animatrice » était bien au delà de ce que je raconte. Sans mentir elle a demandé à tous les gens vaguement noirs de peau si ils maîtrisaient bien le français… Il ne fut bien entendu jamais question de marché de l’emploi pourri mais toujours de remise en question, requalification, reconversion, adaptation des gens présents.

Dans la même journée, j’ai raconté sans ciller à un agent immobilier que j’avais un CDI à deux mille balles par mois, pour avoir l’immense privilège de visiter un logement à louer.



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PDF de la Brochure 8 pages « Madame Cravache » : version imprimableversion ordinateur

Written by cafard93

19 février 2013 at 11:18

Nous ne paierons pas la taxe d’habitation

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NOUS NE PAIERONS PAS
LA TAXE D’HABITATION…

La taxe d’habitation est imposée à tous (ou presque, ci-après) et, malgré les dégrèvements, reste impossible à payer pour beaucoup. Autrefois les RMIstes en étaient exonérés d’office. À l’occasion de la modification du RMI en RSA par l’ancienne majorité, ils ne le sont plus. Ce tour de magie opéré entre 2009 et 2012 n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle taxation des pauvres sur le peu d’argent dont ils disposent pour vivre.

Le nouveau gouvernement PS applique cette décision avec zèle. Depuis 2009, nous n’étions que quelques-uns à avoir reçu la facture du Trésor Public pour reverser une bonne partie du RSA au dit Trésor, nous sommes nombreux à l’avoir reçue en 2012

Sous couvert de crise économique l’État nous fait les poches, déjà bien vides.

Pour éviter de la payer ou obtenir une réduction, il est possible d’envoyer un courrier au trésor public (une lettre est disponible sur http://exploitesenerves. noblogs.org). Il est aussi possible de remplir un dossier de remise gracieuse à retirer et renvoyer au centre des finances publiques dont l’adresse précise figure sur l’avis de paiement.

Toutefois, ces recours ne garantissent rien tant les décisions sont arbitraires. À travers la France, différents collectifs de chômeurs et précaires ont commencé à s’organiser pour refuser collectivement de payer cette taxe et appellent à des actions dans la semaine du 21 au 27 janvier 2013.

À tous ceux qui ne veulent ou peuvent pas payer la taxe d’habitation ou sont déjà endettés auprès du trésor public, à tous ceux qui n’y comprennent rien et qui veulent s’interroger avec d’autres, à tous ceux qui se demandent comment agir collectivement

RÉUNION PUBLIQUE

VENDREDI 18 JANVIER 2013 À 19H

à la Bourse du travail de Montreuil 24 rue de Paris, m°Croix de Chavaux

Calcul de la taxe d’habitation : La taxe est calculée à partir de la valeur locative du logement. Ce sont les collectivités territoriales (mairies, groupements de communes) qui fixent les taux d’imposition (montant de l’impôt) et qui décident de certains abattements (réductions). C’est pourquoi il peut aussi être utile de s’ adresser à la mairie du lieu d’habitation pour exposer l’ incapacité de payer.

Dégrèvements, abattements :Des réductions sont censées s’appliquer automatiquement, en fonction du revenu de l’année précédente déclaré aux impôts, (cette taxe est plafonnée à 3,44% du revenu) et de la taille du foyer fiscal (nombre de personnes à charges vivant dans le même lieu).Des réductions supplémentaires peuvent être décidées par les collectivités territoriales, comme par exemple,« d’appliquer un abattement en faveur des personnes de condition modeste » ou des handicapés et invalides.

Exonération :Les personnes âgées, handicapées et invalides, sous certaines conditions de statuts et de revenus n’ont pas à payer la taxe d’habitation.

Erreurs :Ces réductions ou annulation de la taxe devraient se faire de manière automatique. Toutefois, l’administration fait beaucoup d’erreurs, souvent en notre défaveur, il faut avant tout vérifier que l’ensemble de notre situation a été prise en compte.

Remboursement : Rien n’est trop tard si l’impôt a déjà été payé, on peut toujours demander à être remboursé des sommes déjà versées.

 

Written by cafard93

14 janvier 2013 at 3:54

Tous les premiers vendredi du mois, CAFé des CAFards

Les premiers vendredi de chaque mois,
de 16h30 à 19h30 au Rémouleur,
(106 rue Victor Hugo à Bagnolet — Métro Robespierre ou Gallieni).

En Ile-de-France, nous sommes des centaines de milliers à dépendre, pour nos revenus, le logement, bref, pour vivre, des institutions sociales ; des centaines de milliers à être considérés par la CAF, Pôle-Emploi, ou la Sécu, comme des fraudeurs en puissance, des mauvais pauvres à rééduquer, et à ce titre, contraints de nous soumettre à des contrôles, des humiliations, à l’arbitraire, pour conserver nos maigres allocations.

Au chômage comme dans l’emploi, la culpabilisation, la peur de se faire radier ou virer tend à neutraliser toute défense collective. Pour s’opposer à cette politique, les CAFards, collectif de chômeuses et précaires, proposent un rendez-vous le 1er vendredi de chaque mois, de 16h30 à 19h30 pour échanger les expériences, débrouiller ensemble des dossiers litigieux, s’organiser pour partager les moyens de se défendre et affirmer d’autres valeurs que celles du travail et du mérite, d’autres désirs que ceux que cette société veut nous faire intérioriser.

Ils cherchent à nous enfermer dans la peur et l’isolement, nous avons à inventer de nouvelles formes de lutte et de solidarité !

Written by cafard93

6 octobre 2012 at 1:15

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L’ENFER DES BONNES INTENTIONS

Chômeurs et précaires solidaires des premiers “anarcho-autonomes” jugés sous antiterrorisme

Du 14 au 22 Mai, à Paris, s’ouvre le premier procès sous juridiction antiterroriste de 6 camarades désignés comme appartenant à la « mouvance anarcho-autonome. »

La Justice leur reproche des faits s’inscrivant dans diverses luttes de ces dernières années : la révolte des migrants enfermés dans le Centre de Rétention Administrative de Vincennes, qui aboutit à sa destruction par le feu ; l’opposition à la construction des Établissements Pour Mineurs ; les manifestations de rage et de dégoût suite à l’élection de Sarkozy, ministre de l’intérieur devenu président ; et le mouvement de refus massif du CPE, contrat  de travail destiné aux jeunes, qui permettait de les virer à tout moment en guise de bienvenue sur le marché.

La Justice fait son travail. Isoler, constituer des groupes pour les rendre responsables de pratiques largement partagées (grèves et manifestations sauvages, sabotages…), et ainsi redéfinir la frontière entre dialogue social acceptable et pratiques de luttes à réprimer ; enfermer quelques-uns pour faire peur à tous. Mais aussi, ici par l’invocation de l’imaginaire sanglant du « terrorisme », dépolitiser toute critique radicale, en la mettant sur le terrain moral du Bien et du Mal. Car puisque des mauvaises intentions suffisent à définir « l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », le « terroriste » n’est au fond qu’un mauvais citoyen qui veut cracher dans la soupe, et mérite ainsi le régime carcéral.

Des drames comme la tuerie de Toulouse – contre lesquels l’augmentation des pouvoirs de police ne peut pas grand chose – sont pain béni pour justifier les procédures antiterroristes, et plus généralement pour renforcer tous les dispositifs de  gouvernement par la peur. En créant des épouvantails (islamistes, anarcho-autonomes…), de telles procédures permettent aussi de fabriquer, en creux, une nouvelle définition de la bonne citoyenneté, où chacun est enjoint non seulement de respecter la loi, mais aussi de faire preuve de  bonne volonté, de se mobiliser activement pour la perpétuation de l’ordre social, c’est-à-dire pour l’économie, le capitalisme triomphant.

Toute institution ayant en charge de gérer des populations crée de bonnes catégories à faire vivre et de mauvaises à corriger. En tant que collectif de chômeurs et précaires, nous connaissons bien les deux faces de cette politique où s’entrelacent en permanence bonne vieille discipline et technologie high-tech du contrôle. Ce qui nous menace aujourd’hui n’est pas seulement ce qui est interdit et réprimé, mais ce que la société valorise et exige de nous ; à côté de la pénalisation des formes de refus et de résistance se renforce sans cesse une exigence de participation, de mobilisation pour l’ordre social (l’économie).

Que voyons-nous chaque jour dans ces officines de l’entreprise du « social » que sont les Pôle Emploi et les CAF ? Que le chômeur, et plus généralement tout usager d’une institution sociale, est d’emblée soupçonné de fraude, de refus d’insertion, bref de mauvaise volonté. Et que cette présomption de culpabilité transforme des droits collectifs en faveurs à mériter au cas par cas, chaque allocataire ayant  à prouver sa mobilisation dans la course à l’emploi, à donner des gages d’insertion, de bonne volonté envers « l’intérêt général », sous peine de perdre ses allocations.

Et si depuis des années, on assiste (on désigna un temps par « sarkozisme » ce phénomène) à une banalisation des arrestations, des garde-à-vue, des perquisitions, des interrogatoires, comment ne pas la rapprocher de la multiplication, dans le même temps, des contrôles domiciliaires, des rdv obligatoires d’évaluation et autres contrôles humiliants que subissent tous ceux qui touchent une allocation sociale ? Petite terreur de l’agent de la CAF s’immisçant chez nous pour chercher à nous piéger, à nous couper nos moyens de subsistances, et grande terreur du juge antiterroriste qui peut te mettre en prison des années pour des textes contestataires et des fumigènes bricolés, s’opposent moins qu’elles ne se complètent. Dans une société qui ne promet plus grand chose – on parle de « crise » – , reste le gouvernement par la peur, par l’individualisation, par l’intériorisation de force de ce qui doit être la bonne conduite, le bon comportement. Qu’importe que l’inégalité règne, que la subordination de classe reste le fondement de l’économie, puisqu’il est à la portée de chacun de s’impliquer, d’être motivé, de rester employable ou de travailler à le devenir, c’est-à-dire avoir un projet de vie inscrit dans l’horizon du travail salarié. Qu’importe si rien n’est vrai, puisque c’est (la bonne) intention qui compte.

Il nous faut construire les moyens collectifs de s’attaquer à ces dispositifs qui cherchent, au tréfonds de nous, dans un binarisme absurde, soit à nous faire plaider coupable, en faute et en dette face à cette société, prêts à subir le châtiment, soit à nous épuiser à donner des preuves de notre innocence et de notre bonne volonté.

Et si nous sommes solidaires des 6 camarades dont le procès commence en même temps que la nouvelle présidence, c’est au nom d’un refus commun de ces figures qu’on voudrait nous voir incarner : le bon citoyen et le bon pauvre, le bon français entreprenant et délateur, xénophobe et travailliste.

Nous, chômeurs et précaires, continuerons à refuser de nous faire insérer de force, et à porter de bien mauvaises intentions envers cette société qui ne promet rien que nous désirions. CRACHONS DANS LA SOUPE, ELLE EST DÉGEULASSE !

LIBERTÉ POUR TOUS LES MAUVAIS PAUVRES ET MAUVAIS CITOYENS EMPRISONNÉS !

CAFards de Montreuil,
collectif de chômeurs et précaires
cafardsdemontreuil@riseup.net – cafard93.wordpress.com


extrait de la brochure Mauvaises Intentions #3 (infokiosques.net/mauvaises_intentions) :

Petit rappel des faits 

Ivan, Bruno et Damien sont arrêtés en janvier 2008 alors qu’ils se rendent à une manif devant le centre de rétention de Vincennes avec des fumigènes artisanaux et des crève- pneus, qui deviennent pour la justice et les médias une “bombe à clous”.
Ivan et Bruno sont alors placés en détention préventive et Damien sous contrôle judiciaire.
Quelques jours plus tard, Inès et Franck sont arrêtés lors d’un contrôle des douanes à Vierzon en possession de manuels expliquant des techniques de sabotage, du plan d’une prison pour mineurs et de chlorate. L’antiterrorisme se saisit de l’affaire. Les flics prétendent que l’ADN d’Isa correspondrait à une des 5 traces ADN présentes dans un sac contenant des bouteilles d’essence, retrouvé sous une dépanneuse de flics pendant l’entre-deux-tours des présidentielles de 2007.
Rapidement, ces deux enquêtes sont jointes en un seul dossier, instruit par les mêmes juges antiterroristes. La police ratisse alors dans l’entourage des personnes arrêtées et des personnes fichées “anarcho-autonomes” pour tenter de trouver qui se cacherait derrière les ADN manquants. Javier, le frère d’Inès, puis Damien (qui avait été arrêté avec Ivan et Bruno) sont mis en prison pendant plusieurs mois car leurs profils ADN correspondraient aussi aux traces retrouvées sous la dépanneuse. Par ailleurs, en juin 2010, Javier  a, en plus, été mis en examen pour une série de sabotages par incendie sur des armoires électriques de signalisation SNCF qui ont paralysé une partie du trafic ferroviaire en 2006 pendant le mouvement “CPE”. Son ADN aurait été retrouvé sur le lieu d’une tentative de sabotage.
Inès, Javier, Damien, Ivan, Franck et Bruno ont chacun fait entre 5 et 13 mois de détention préventive dans le cadre de cette procédure. Et ils restent sous contrôle judiciaire jusqu’au procès en correctionnelle.

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15 mars 2012 at 1:36

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Chasse aux fraudeurs ? Pas de honte qui tienne ! Organisons-nous !

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RSAstes socle ou chapeau, chômeurs de fraîche ou longue date, salariés en pause ou en arrêt-maladie, intermittents, intérimaires, mères ou pères isolés, précaires, étudiants avec ou sans allocation logement, employés au quart de smic, avec ou sans papiers… Nous sommes des centaines de milliers, rien qu’en Ile-de-France, à avoir à faire aux institutions sociales.

Aujourd’hui, dans chaque antenne CAF, des affiches intimident les allocataires avec la description des amendes et peines de prison qu’ils pourraient encourir en cas de fraude ou de simple protestation. Partout, à Pôle emploi, à la Sécu ou ailleurs, nous sommes tous présumés coupables. Tout allocataire est pour l’institution sociale un fraudeur en puissance et donc contraint d’accepter n’importe quel contrôle s’il veut continuer à toucher ses maigres allocations de survie.

La chasse aux fraudeurs fait partie des discours de campagne présidentielle : « Frauder, c’est voler » annoncent les spots publicitaires ministériels. Le gouvernement publicise les chiffres de LA fraude et organise la confusion : la fraude patronale et la fraude aux allocations sont mises dans le même panier. On se félicite alors de la mise en place d’un arsenal de lutte contre la fraude et on enjoint tout le monde, toutes classes sociales confondues, à participer à cette guerre pour défendre l’intérêt commun, pour perpétuer l’ordre social. Ainsi celui qui « triche » aux allocations tricherait au détriment de la société-même. Comme si les patrons et leurs salariés, un millionnaire tétraplégique et son aide à domicile, Bettencourt et sa femme de ménage avaient le même intérêt. Il s’agit bien là de nier tout antagonisme de classe.

Cette campagne de chasse aux fraudeurs permet aussi aux gouvernants de prétendre mener des actions concrètes contre la « crise », et de rassurer tous ceux inquiets par la dégradation de leurs conditions de vie : on construit ainsi le modèle d’un mauvais pauvre qui serait individuellement responsable de la misère organisée de cette société. On pourra bien parler de moraliser les banques et la finance, mais la domination capitaliste reste elle une évidence intouchable. 

La chasse aux fraudeurs est un appel à la délation, un appel à la démarcation : Montre-moi que tu es un bon pauvre, fait-toi contrôler, fait du zèle, montres ta bonne foi au prix de ta liberté et de ta dignité, cours, cours plus vite que ton collègue de taf, démarque-toi des chômeurs fainéants et l’institution tamponnera ta bonne foi, ta disponibliité à accepter tout et n’importe quoi.

La chasse aux fraudeurs est également un instrument de peur. Ça marche tellement bien que beaucoup de potentiels allocataires ne demandent même pas ce à quoi ils ont droit. Ça marche tellement bien que nous nous soumettons trop souvent sans nous battre à des contrôles, à des humiliations, à l’arbitraire. À la CAF comme dans l’emploi, la culpabilisation, la peur de se faire radier ou virer – jusqu’à se faire criminaliser – neutralisent toute forme de protestation, voire de révolte.

Ces modalités de stigmatisation et de division s’appuient évidemment sur la défense de la valeur-travail. C’est ainsi que le gouvernement prétend redonner leur dignité aux RSAstes et annonce, en novembre 2011, le lancement dans plusieurs départements d’une expérimentation de travail obligatoire de 7 heures par semaine en échange du maintien de l’allocation. Et c’est encore au nom de la valeur-travail que le candidat de la majorité a proposé d’obliger les chômeurs à suivre des formations bidons et d’accepter la première offre d’emploi venue. Naturellement, en cette période de campagne, toute la gauche s’est offusquée de cette proposition mais n’oublions pas qu’en 1998, en plein mouvement des chômeurs, le socialiste Lionel Jospin alors premier ministre de la cohabitation déclarait qu’il voulait « une société de travail pas d’assistance ». Alors chers assistés, contre ces attaques actuelles et à venir, pas de honte qui tienne, organisons-nous.

Pour ne pas nous laisser écraser définitivement, il est temps que toutes ces questions sortent plus largement au grand jour et ne restent pas cantonnées dans la sphère individuelle ou privée.

Que mille collectifs fleurissent sur les décombres du plein emploi !

Voir : Organisons-nous face aux contrôles domiciliaires CAF !

Written by cafard93

20 février 2012 at 12:16

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CAF, Pôle emploi, leur logique nous est hostile, outrageons-les !

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Lors d’une action collective la directrice de l’agence Vic d’Azir à Paris a porté plainte contre un camarade de la coordination des intermittents et précaires [plus d’info sur leur site] pour avoir dit, selon elle, « fainéants, incompétents et bons à riens » et s’être « plaint régulièrement de la qualité du travail du Pôle ».
Accusé « d’outrage » par Pôle emploi, son procès aura lieu ce mardi 22 novembre à 9h à la 10ème chambre correctionnelle du TGI, au palais de justice, métro Cité à Paris.

Un peu partout en France des collectifs de chômeurs, intermittents et précaires tentent de briser l’isolement et de résister collectivement aux institutions sociales. À Montreuil, nous avons fait de même au sein du collectif des CAFards.

« Fainéants, incompétents et bons à riens » ce n’est pas bien méchant et c’est surtout bien en-deçà de ce qu’on oppose quotidiennement aux chômeurs et précaires. Mais tenons-nous en à ces trois mots que nous aurions pu maintes fois prononcer lors d’actions collectives que nous avons menées ces dernières années, principalement dans les CAF.

Incompétent, adj, qui n’a pas les compétences requises, qui n’a pas les connaissances nécessaires

Une famille étrangère se voit refuser les allocations familiales. Le père s’est rendu au guichet de la CAF avec une autorisation provisoire de séjour d’une validité supérieure à trois mois et s’est entendu répondre « Monsieur, vous n’avez pas droits aux allocations familiales. Nous il nous faut un titre de séjour et c’est tout ». Fin de non recevoir.

La famille vient nous voir et en se penchant sur les textes de loi nous apprenons qu’il existe non pas un, mais plusieurs titres de séjours et autres documents, dont celui qu’il possède, qui permettent d’ouvrir des droits (carte de résident, carte de séjour temporaire, récépissé de demande…). Nous l’accompagnons donc à la CAF munis du texte de loi. On nous dit tout d’abord que nous n’y connaissons rien, que nous avons tort, mais en insistant la CAF reconnaît son erreur en ouvrant les droits sur le champs.

Il ne s’agit pas là de stigmatiser tel ou tel agent qui a fait obstruction au droit, on le sait, pour toute formation, la plupart du temps, les agents en première ligne n’ont à leur disposition que des fiches pratiques simplificatrices qui ne rendent pas compte des subtilités du droit, des reader digest en quelque sorte. Par ailleurs ils doivent obéir à des directives internes à la CAF qui sont souvent illégales. De plus ils sont astreints à une logique de rentabilité qui s’oppose au bon accueil des allocataires. Ainsi, la plupart du temps, ils instruisent à charge contre l’allocataire.

Si par incompétence ils ouvraient des droits et donnaient l’argent à tout le monde, cela ne nous poserait pas de problème. Mais ne rêvons pas, nous en sommes souvent à devoir leur prouver qu’en matière de droits des « usagers » nous sommes plus compétents qu’eux. Et c’est tout simplement parce que nous, nous avons des raisons d’y tenir.

Fainéant, nm, personne qui ne fait rien ou ne veut rien faire

Nous accompagnons cette fois un allocataire qui n’a pas touché son RSA depuis trois mois. Lorsqu’il s’est rendu au guichet quelques jours plus tôt, on lui a expliqué qu’il faut attendre trois mois après la fin des allocations chômage pour pouvoir toucher le RSA… Ce qui est totalement faux. Nous ramenons donc, une fois encore, le texte de loi et faisons débloquer son dossier rapidement ainsi que celui d’une jeune femme rencontrée sur place qui était dans la même situation.
La CAF est pleine à craquer, plus que d’habitude. Quelques jours avant, le président du conseil de la CNAF avait écrit au ministre du travail : « depuis juillet 2009 la demande sociale explose… et en ce début d’année 2010, la situation des CAF semble s’aggraver dangereusement… l’ensemble de l’institution est proche de l’implosion ». Les CAF du 93 ont été fermées pendant plusieurs semaines pour pouvoir écouler les dossiers en retard mais aussi pour recouper des données concernant les allocataires entre la CAF, Pôle emploi, les impôts etc. et des centaines de personnes se sont vues couper leurs allocations sans aucune explication.

Quelques jours après la réouverture la queue qui se prolonge sur plusieurs dizaines de mètres à l’extérieur de l’agence est donc pleine de mécontents. La directrice décide de fermer les portes bien avant l’heure, laissant dehors une centaine de demandeurs de revenu qui ne peuvent attendre le lendemain. L’ambiance s’électrise.
La directrice de la CAF appelle la police et ordonne aux agents d’arrêter le travail. Une rangée de policiers armés de flash ball se postent devant l’entrée tandis que le commissaire entre pour voir de quel trouble à l’ordre public il peut bien s’agir. La police n’est pas l’amie des pauvres, c’est pourtant le commissaire qui demande à la directrice de rouvrir les portes et de traiter les dossiers. La CAF cesse donc de ne rien faire pour ses ayants-droits et tout le monde est finalement reçu.
Paradoxe, ce que nous nous obstinons à faire faire à la CAF et à Pôle emploi, c’est cette fois la police qui l’a obtenu. Sans que l’on sache si les intérêts des allocataires ont été convenablement pris en compte, la CAF a dû néanmoins accepter de travailler pour eux au lieu de les tenir à distance, de les faire attendre ou revenir…

Bon à rien, nm, inutile, incapable

Une jeune femme italienne attend son RSA depuis déjà huit mois. Elle s’est rendue à la CAF à maintes reprises sans comprendre pourquoi on ne lui versait pas cet argent. Elle a récemment reçu un courrier lui expliquant que c’est parce qu’elle n’a pas de droit au séjour. C’est faux. Elle a cherché et étudié les textes de loi, elle rentre dans la case des communautaires européens actifs, ce qui lui donne droit au séjour et donc au RSA.
Lorsqu’elle se rend accompagnée de quelques amis à la CAF et des textes de loi, c’est la même histoire, elle ne peut se faire entendre, aucun argument n’est pris en compte.

Nous nous rendons donc, plus nombreux cette fois, à la CAF. Les agents ne veulent rien savoir, ils arrêtent de travailler et tentent de nous en faire porter la responsabilité vis à vis des autres allocataires présents. La police arrive, puis un responsable de la direction départementale de la CAF. Ce dernier ose dire, avec un grand sourire, comme s’il avait trouvé la solution magique« mais mademoiselle, c’est parce que vous ne pouvez justifier de cinq ans sur le territoire français qu’on vous refuse vos droits ». Bien qu’il ait un poste à responsabilité qui lui octroie le pouvoir d’examiner ce dossier avec toute l’attention requise, cet homme préfère nous raconter n’importe quoi et nous donne une explication qui n’a rien à voir avec la situation. Bon à rien, inutile, incapable oui nous pouvons le dire. Nous partons sans avoir réussit à faire faire à la CAF son travail. Mais…

Épilogue, nm, fin d’une histoire, dénouement.

Quelques jours plus tard nous nous rendons au siège national de la CAF, la CNAF. L’entrée dans les lieux peu habitués à recevoir du public, est plutôt rock and roll. Nous obtenons finalement un rendez-vous pour le jour suivant. Cette fois, après plusieurs heures de discussion, les responsables de la CNAF finissent par reconnaître des droits à la jeune femme. Peu après, les 8 mois de RSA de retard lui seront versés sur son compte.

Que ce soit au Pôle emploi ou à la CAF, les phrases qu’on entend le plus souvent c’est« non vous n’y avez pas droit »« appelez donc le 39 49 »« votre dossier est en cours de traitement, soyez patient »« C’est un refus car c’est la loi, bref, c’est comme ça ». Il devient tellement difficile voire impossible de faire valoir ses droits, d’obtenir un rendez-vous, de savoir pourquoi on vous a coupé les allocations que de nombreux ayant-droits renoncent.

Seuls les plus vaillants, ceux qui parlent le mieux français, les moins épuisés par ces marathons administratifs, iront jusqu’au recours amiable puis, plus rarement encore, jusqu’au tribunal administratif pour se faire rétablir dans leurs droits. Mais combien de temps après ? Après les huissiers, les agios bancaires et les emprunts pour payer les factures, l’angoisse au jour le jour de ne pas s’en sortir et de ne pas savoir comment on va s’en sortir.

C’est somme toute une manière assez simple de faire des économies, dissuader dès le départ, faire ressentir qu’il ne s’agit pas là de droits mais d’une faveur ou d’une chance. Nous ne pensons pas aller trop loin en disant que nous sommes confrontés à une volonté politique qui prend forme au ras des pâquerettes, dans les courriers administratifs obscurs et menaçants que nous recevons et dans les agences là où fonctionne l’arbitraire des guichets.

Le 15 novembre dernier Nicolas Sarkozy mobilisait les agents de la CAF de Bordeaux : « Sans vous, il n’y a pas de lutte contre la fraude ». Quelle joie ce serait si, cette fois, dans cette mission de chasse aux « voleurs » et « traîtres à la confiance de tous les Français » que sont ses allocataires, la CAF était « incompétente, fainéante et bonne à rien »…

Mais rien n’est moins sûr, alors continuons à nous défendre et, procès pour « outrage » ou pas, inventons de nouvelles armes pour la suite.

Des CAFards de Montreuil
[Pus d’info sur le site de la CIP]

Written by cafard93

18 novembre 2011 at 1:18

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Merci qui ?

30 ANS DE CRISE,
3 HEURES DE QUEUE,
MAIS QUE FAIRE ?

Quelques propositions aux agents de la CAF pour résoudre le problème de la queue.

C’est très simple, non seulement les trop perçus c’est de votre faute et de toute façon on ne peut pas vous rembourser et de toute façon on a besoin d’argent et puis aussi vous perdez tout le temps les papiers et que même si on voudrait vous les apporter qu’on pourrait pas vu la queue et encore qu’on arriverait par miracle jusqu’au guichet que vous mettriez des mois à traiter le dossier et qu’on aurait pas l’argent.

DONC :

  • NOUS VOULONS LE DÉBLOCAGE IMMÉDIAT DE TOUTES LES DEMANDES D’ALLOCATIONS
  • LE DÉBLOCAGE IMMÉDIAT DE TOUS LES DOSSIERS
  • LA SUSPENSION DES CONTRÔLES (ÇA VOUS LAISSERA PLUS DE TEMPS, MÊME POUR VOUS)
  • L’ANNULATION DE TOUTE LES DETTES ET TROP PERÇUS JUSQU’À LA FIN DE LA CRISE

et comme ça y aura plus la queue.

Merci qui ?
Merci les Cafards.

Et pour le reste on a encore plein d’autres idées.

PDF merci qui

Written by cafard93

16 décembre 2010 at 12:24

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