Les CAFards

Collectif de chômeurs et précaires à Montreuil

Chasse aux fraudeurs ? Pas de honte qui tienne ! Organisons-nous !

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RSAstes socle ou chapeau, chômeurs de fraîche ou longue date, salariés en pause ou en arrêt-maladie, intermittents, intérimaires, mères ou pères isolés, précaires, étudiants avec ou sans allocation logement, employés au quart de smic, avec ou sans papiers… Nous sommes des centaines de milliers, rien qu’en Ile-de-France, à avoir à faire aux institutions sociales.

Aujourd’hui, dans chaque antenne CAF, des affiches intimident les allocataires avec la description des amendes et peines de prison qu’ils pourraient encourir en cas de fraude ou de simple protestation. Partout, à Pôle emploi, à la Sécu ou ailleurs, nous sommes tous présumés coupables. Tout allocataire est pour l’institution sociale un fraudeur en puissance et donc contraint d’accepter n’importe quel contrôle s’il veut continuer à toucher ses maigres allocations de survie.

La chasse aux fraudeurs fait partie des discours de campagne présidentielle : « Frauder, c’est voler » annoncent les spots publicitaires ministériels. Le gouvernement publicise les chiffres de LA fraude et organise la confusion : la fraude patronale et la fraude aux allocations sont mises dans le même panier. On se félicite alors de la mise en place d’un arsenal de lutte contre la fraude et on enjoint tout le monde, toutes classes sociales confondues, à participer à cette guerre pour défendre l’intérêt commun, pour perpétuer l’ordre social. Ainsi celui qui « triche » aux allocations tricherait au détriment de la société-même. Comme si les patrons et leurs salariés, un millionnaire tétraplégique et son aide à domicile, Bettencourt et sa femme de ménage avaient le même intérêt. Il s’agit bien là de nier tout antagonisme de classe.

Cette campagne de chasse aux fraudeurs permet aussi aux gouvernants de prétendre mener des actions concrètes contre la « crise », et de rassurer tous ceux inquiets par la dégradation de leurs conditions de vie : on construit ainsi le modèle d’un mauvais pauvre qui serait individuellement responsable de la misère organisée de cette société. On pourra bien parler de moraliser les banques et la finance, mais la domination capitaliste reste elle une évidence intouchable. 

La chasse aux fraudeurs est un appel à la délation, un appel à la démarcation : Montre-moi que tu es un bon pauvre, fait-toi contrôler, fait du zèle, montres ta bonne foi au prix de ta liberté et de ta dignité, cours, cours plus vite que ton collègue de taf, démarque-toi des chômeurs fainéants et l’institution tamponnera ta bonne foi, ta disponibliité à accepter tout et n’importe quoi.

La chasse aux fraudeurs est également un instrument de peur. Ça marche tellement bien que beaucoup de potentiels allocataires ne demandent même pas ce à quoi ils ont droit. Ça marche tellement bien que nous nous soumettons trop souvent sans nous battre à des contrôles, à des humiliations, à l’arbitraire. À la CAF comme dans l’emploi, la culpabilisation, la peur de se faire radier ou virer – jusqu’à se faire criminaliser – neutralisent toute forme de protestation, voire de révolte.

Ces modalités de stigmatisation et de division s’appuient évidemment sur la défense de la valeur-travail. C’est ainsi que le gouvernement prétend redonner leur dignité aux RSAstes et annonce, en novembre 2011, le lancement dans plusieurs départements d’une expérimentation de travail obligatoire de 7 heures par semaine en échange du maintien de l’allocation. Et c’est encore au nom de la valeur-travail que le candidat de la majorité a proposé d’obliger les chômeurs à suivre des formations bidons et d’accepter la première offre d’emploi venue. Naturellement, en cette période de campagne, toute la gauche s’est offusquée de cette proposition mais n’oublions pas qu’en 1998, en plein mouvement des chômeurs, le socialiste Lionel Jospin alors premier ministre de la cohabitation déclarait qu’il voulait « une société de travail pas d’assistance ». Alors chers assistés, contre ces attaques actuelles et à venir, pas de honte qui tienne, organisons-nous.

Pour ne pas nous laisser écraser définitivement, il est temps que toutes ces questions sortent plus largement au grand jour et ne restent pas cantonnées dans la sphère individuelle ou privée.

Que mille collectifs fleurissent sur les décombres du plein emploi !

Voir : Organisons-nous face aux contrôles domiciliaires CAF !

Written by cafard93

20 février 2012 à 12:16

Publié dans Tracts & Documents

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